Big Brother de Lionel Shriver

Pandora est une femme mûre qui pense avoir trouvé sa place au sein de sa nouvelle famille recomposée. Mariée à un ébéniste d’art plutôt rigide, belle mère de deux adolescents très différents, elle dirige une société florissante dont le succès ne cesse de l’étonner. Lorsque son grand frère, son idole de toujours, se rend dans l’Iowa pour partager des moments de complicité tels qu’ils n’en ont pas connu depuis plus de quatre ans, c’est son mariage qui vacille. Edison « Appaloosa », tel qu’il aime se faire appeler, est un homme imbu de lui-même : il faut dire que tous les deux ont grandi dans l’ombre d’un père célèbre, Travis Appaloosa de son nom d’acteur, qui jouait toutes les semaines un remake de leur vie de famille tourmentée dans une série TV des années 1980. Une fois son mari, Fletcher, mis au parfum de la venue de son beau frère irritant, Pandora pense à raison que le séjour de ce dernier risque de créer du mouvement, et elle est loin d’imaginer à quel point. A l’aéroport, elle reconnait à peine celui qui était son confident, son grand frère adoré, dans les traits d’un homme d’une obésité avancée qui arrive en fauteuil roulant. Sa première réaction ? Faire comme si de rien n’était, en ravalant ses questions et en tentant de « protéger » son frère avant même de songer aux conséquences pour elle-même et sa famille…

Big BrotherAvec ce fait de société, Lionel Shriver écrit un roman captivant à la fois par sa trame narrative et par les questions existentielles qu’elle soulève. Le « problème » du poids d’Edison est traîté de bien des manières différentes, et on en fait le tour dans ce roman dense sans jamais sombrer dans la psychanalyse : après tout, on nous raconte une histoire, et ce qui s’y passe est purement imaginaire non ? Le personnage de Pandora, la petite sœur protectrice qui n’a jamais brillé contrairement à ses deux frère et sœur, est crucial et criant de réalisme. Ses décisions, ses remarques, ses analyses personnelles me donnaient tour à tour envie de rentrer dans le bouquin pour la secouer, ou bien quand elle faisait une action qui me paraissait d’une profonde justesse, les conséquences de cette action étaient décrites de manière par trop plausible… Dur sujet que l’opposition entre les relations fraternelles et les relations conjugales, couplées avec le cas moral que pose l’obésité d’Edison : faut-il le mettre en garde pour sa santé ? Et en fait, pourquoi le faire, il doit bien en être conscient, ne serait-ce pas le juger que ramener chaque conversation à son poids ? Si tout comme Pandora et moi vous êtes un petit être positif qu’on appelle Twee dans la société d’aujourd’hui, lisez ce livre d’une richesse incroyable, vous ne pourrez pas vous en défaire !

Un livre maîtrisé, intelligent et actuel :

Lionel Shriver a décidément le chic pour capter et surtout inviter son lecteur à une lecture engagée.

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