Les grandes villes n’existent pas de Cécile Coulon

Les grandes villes n'existent pas

Cécile Coulon l’évoque dès l’intro et elle a raison : on ne parle que rarement de la jeunesse à la campagne. Comme si tous ces ados que vous voyez au collège s’étaient matérialisés comme par magie le jour de leur entrée en 6ème, et qu’ils disparaissaient à peine le portail de l’établissement franchi. Dans les films, à la TV, dans les romans aussi, on a pris l’habitude de montrer les jeunes, mais la plupart du temps ceux qui habitent ou sont juste en périphérie de la ville. C’est sans doute pourquoi j’ai eu une lecture aussi passionnée de son texte mi-roman, mi-récit publié dans la collection « raconter la vie ». Vous voulez avoir un aperçu d’une jeunesse dans ces « coins paumés » ?

« C’est joli mais je n’y vivrais pas ».

Ça commence souvent par cette phrase, que j’ai également entendue dans la bouche de personnes habitant des villages à propos d’une commune différente de la leur… Étonnant n’est-ce pas ? Pourquoi cette contradiction péremptoire, qui donne l’impression aux habitants du lieu dit qu’ils sont hors de la réalité, parce que tout le monde devrait ne pas pouvoir vivre ici ? Sans ville, sans voisin, sans vis-à-vis, sans bruit, sans lumière la nuit, sans concierge, sans police à proximité, sans route bétonnée pour ma part, mais avec tellement d’autres choses. Personnellement je ne vous en veux pas pour cette phrase, parce que je vous comprends, ce n’est simplement pas un lieu qui vous attire, c’est un point de vue personnel et pas une attaque. C’est juste qu’on a un peu trop l’habitude de l’entendre, et ça exaspère. Mais moi aussi, quand je vais dans ces villes parfois, j’y pense : c’est sympa, mais je n’y vivrais pas ! Sans rancune ?

Aucun des deux n’est ni moins bon ni meilleur que l’autre. Différent, c’est sûr. Parfois opposé, souvent complémentaire.

Alors à vous qui êtes curieux de savoir ce qu’on peut bien faire quand on naît dans ces campagnes, ou à vous qui avez envie de confronter votre expérience au texte de Cécile Coulon, allez-y, lisez-le et partagez-le !


Quelques citations et réflexions sommaires :

1 – Le village

J’ai aimé apprendre ce qu’on faisait dans un village, un « vrai », car malgré mon enfance et mon adolescence en campagne, je n’ai jamais habité un village mais une maison encore plus isolée.

2 – Dehors

C’est un principe, il y a toujours plus de choses à faire dehors. Plus de choses à voir, plus d’endroits où se cacher. Nous avons été élevés en plein air, comme les poules du voisin.

Comme les poules tout court ! C’est une des nombreuses vérités de ce récit : le dehors a vite fait de vous intriguer et de vous embarquer, que ce soit en été ou en hiver.

Nous avons passé une bonne partie de notre enfance à partir en forêt construire des cabanes. Fuir la maison pour s’en construire une autre.

Cette dernière phrase est une analyse plutôt pertinente de ces escapades créatives, et si c’est vrai pour la campagne, que font donc les enfants en ville pour fuir leur maison ? Réussissent-ils à s’en « construire une autre » ?

3 – Le stade

Etant plus jeune, je ne m’étais pas aperçue de l’importance que le stade confère au village. Maintenant qu’on met le doigt dessus, certaines expériences me paraissent familières.

4 – L’école, le collège, le lycée

Se lever plus tôt que ses parents et rentrer bien plus tard.

C’est en sortant du système scolaire que l’on comprend à quel point cela est vrai. Huit heures le matin, parfois dix huit heures le soir, une heure de trajet en car pour rentrer, sans compter les cinq kilomètres qui séparent l’arrêt de ma maison. Folie douce, rythme endiablé que supportent presque sans broncher de nombreux enfants et ados. Et quand un beau jour vous entrez à la fac dans la très grande ville, vous avez du mal à comprendre ce rythme nouveau, fait d’horaires libres, de cours pas avant 9h voire 10h, d’arrêt qui se situent juste devant chez vous et vous déposent trois pieds devant votre université… Alala, ce car, que d’histoires ! Cécile Coulon fait d’ailleurs une comparaison entre la place qu’on a dans le car et la côte de popularité qui en découle : la jeunesse est souvent cruelle…

Chez moi, je suis en terre conquise ; deux kilomètres plus loin, c’est un espace qui ne m’appartient plus.

Est-il vrai qu’en ville on a l’habitude dès notre plus jeune âge de parcourir des kilomètres et des kilomètres ? Sans doute grâce aux transports en commun, peut-être a-t-on plus d’occasions de sortir seul, et plus jeune, plus d’occasions que nous dans notre patelin desservi quasi uniquement par le car scolaire et le bus du marché. Alors une fois qu’on dépasse nos limites, même si le paysage reste sensiblement le même, on a vraiment l’impression de quitter nos repères. Puis on apprend à s’y habituer, à pousser plus loin, à avancer avec confiance. Parce qu’il est aussi vrai que chez nous, du moins « dans le temps », on n’avait même pas besoin de fermer la porte à clé. Avoir moins de voisins et plus confiance en la vie : ma philosophie !

Tout le monde vous connaît, et vous ne connaissez personne.

Eh oui, ou du moins tout le monde croit vous connaître. Vous êtes la fille de monsieur truc et madame chose, qui font tels métiers, habitent à telle adresse, vous déposent chez telle nounou, conduisent telle voiture et connaissent telles personnes. Tout le monde connaît vaguement tout le monde chez les adultes du village, c’est bien évidemment parce que c’est un espace plus petit où les informations circulent d’autant plus vite.

5 – L’église

Je vois bien où elle se situe, mais mis à part les mariages et les conscrits, quand on n’a pas été au catéchisme, l’église reste ce grand bâtiment pointu où il fait frais et où il faut être encore plus poli qu’ailleurs, tout en faisant semblant de ne pas tenir compte des regards en coin qui jugent en permanence.

6 – Les commerces

Les commerces du village sont souvent tenus par des habitants, huis-clos qui rajoute à l’impression de connaître tout le monde ! J’ai adoré ce passage notamment grâce au récit du garçon dans la boulangerie, le garçon qui n’avait pas envie d’attendre, mais encore moins envie de passer pour « l’enfant hautain, impoli, sûr de lui-même ». Les commerces de village : l’apprentissage du respect et de la patience.

Le bar tient également un rôle central. Si chez Cécile Coulon « les filles ne jouaient pas au baby-foot », chez nous si, et elles buvaient ce qu’elles voulaient, essayaient de tenir tête aux commentaires machos, jouaient dans une équipe de football féminine… Bref, un témoignage parmi tant d’autres, tant de similitudes et autant de différences !

7 – La salle polyvalente

Chez vous, c’était le Loto, chez nous, on fêtait les Classes :

Même avec la plus mauvaise volonté du monde, on participe à la vie du village, aux rires de nos voisins.

C’est comme ça qu’on découvre qu’on fait partie d’une communauté, et même si elle ne nous ressemble pas exactement, c’est une des premières communautés où l’on se sent accueilli/e.

Conclusion :

Les transports, les commerces, les communications continuent à manquer, immuablement.

Ce qui effraie le plus les citadins ? Le monde moderne nous a habitués à cette overdose de services et de technologie. Déconnecter tout en étant chez soi, cela semble antinomique à bien des personnes aujourd’hui, pour moi cela relève simplement d’une parenthèse nécessaire à mon confort. Un bon feu en hiver, de l’herbe douce en été, un bon livre par tout temps, un peu de solitude : le bonheur ! Avis à ceux qui souhaitent s’installer à la campagne : méfiez-vous de ne pas trop pester contre tous ces « manques » et profitez en contrepartie d’autres plaisirs simples… (dit la femme qui a du mal à passer trois jours sans Internet !)

Cécile Coulon a écrit…

La vie, la vraie n’existe pas

Chacun a sa propre expérience, comparable, subjective, diverse. Au final, la vie, la vraie n’est pas une, c’est une multitude, et c’est tant mieux !

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