Les Friedland de Daniel Kehlmann

Allemagne, années 1980. Arthur Friedland vit avec sa nouvelle femme et leurs fils jumeaux ; homme de peu d’ambition, il passe régulièrement chercher son premier fils issu d’une précédente union. Martin, le grand demi-frère, se méfie encore d’Iwan et surtout d’Eric avec qui il n’a aucun atome crochu. Mais sortir avec son blasé de père et ces jumeaux maléfiques est l’une de ses rares sorties, alors il court vers la voiture sans même regarder avant de traverser la route… Le spectacle qu’Arthur les emmène voir va chambouler leur destin : un hypnotiseur, Le grand Lindemann, va faire monter sur scène Iwan puis son père. A l’issue de la représentation, le père dépose Martin devant chez lui mais demande également aux jumeaux de descendre. Et il part, sans autre forme d’explication, avec en poche l’argent du compte commun et son passeport. Arthur Friedland réapparaîtra dans la vie de ses enfants bien des années plus tard, mais aux yeux du public peu de temps après, devenant l’auteur mystérieux de livres inclassables, le premier ayant engendré une brève vague de suicides, des critiques dithyrambiques, des critiques assassines, des questionnements par milliers, et que sais-je encore ! L’enquête philosophique va pouvoir commencer, accrochez-vous.

Les Friedland

 

On retrouve chaque frère dans les chapitres suivants, à commencer par Martin qui est devenu prêtre catholique sans la foi, obèse et boulimique. Eric, lui, est une sorte d’escroc, un conseiller financier qui vit dans un nimbe psychédélique médicamenteux, au bord de la déchéance totale alors que la crise de 2008 se fait sentir. Et Iwan, qui a la sensation que quelque chose ne tourne pas rond chez son jumeau, a l’air de supporter à grand peine son rôle de commissaire d’exposition ; l’art l’ennuie profondément, sa double identité lui donne cependant un but dans la vie…

Si vous vous attendez à un texte tout à fait classique, prenez garde : Daniel Kehlmann balade son lecteur et aime nous entraîner dans ses divagations et ses mises en abyme. Les récits s’enchâssent les uns dans les autres, vous éclairent autant qu’ils vous perdent, même les enfants les plus jeunes s’interrogent sur l’existence, le pourquoi de la vie, le comment, la croyance, les fantômes qui nous hantent (ou nous protègent ?), sur le sens de la vie humaine en général. Les réponses ? Construisez-les vous-même, après tout, aucun manuel n’est dispensé, l’issue n’est ni bonne ni mauvaise, elle dépend simplement du point de vue.

Ce que j’en retiens : une lecture captivante et déconcertante, une fin qui n’est pas celle que j’aurais souhaitée mais qui est tout à fait dans le ton de l’intrigue, des réflexions pertinentes sur la société actuelle et ses excès. Un roman intrigant sur le bien et le mal que je recommande aux plus motivés !

La petite citation qui met dans l’ambiance (pp. 38-39)  :

Martin comprit pour la première fois que les gens pouvaient sans raison se réjouir du malheur d’autrui, être malveillants et méchants. De même qu’ils pouvaient sans raison être bons, gentils et serviables, tout cela en même temps. Mais ils étaient surtout dangereux.

Bon casse-tête philosophique !

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