Les Sangs d’Audrée Wilhelmy

Souvenez-vous de Barbe Bleue, cet ogre populaire découvert au détour d’un conte d’enfant, qui interdit à son épouse l’accès à une seule pièce de sa demeure immense —et qu’elle va donc s’empresser d’ouvrir pour y découvrir les pires horreurs imaginables : les précédentes femmes du monsieur mortes et exposées dans cette pièce ensanglantée.

Audrée Wilhelmy revisite en quelques sortes ce conte en se plaçant du point de vue des femmes qui ont entourées Barbe Bleue, un jeune homme qui ne porte pas encore ce nom et qu’elle prénomme Féléor Rü. Ce fils de bonne famille devient l’obsession d’une première jeune fille, Mercredi Fugère, la fille du précepteur de la maison Rü. Mercredi écrit un journal décomplexé où elle fait part de ses fantasmes morbides pour son mangeur de viande crue adoré. Mais à l’issue de son journal, notre Barbe Bleue en herbe va avoir son mot à dire sur la jeune femme qu’on va redécouvrir à travers ses yeux. La disparition de Mercredi ouvre le bal des journaux, lettres et autres mots personnels d’autres jeunes femmes, toutes sur le même modèle.

Tout d’abord, un court paragraphe introduit la jeune-femme avec son prénom, son nom ainsi que ce qui m’a fait penser à la présentation d’un plat gastronomique dans un grand restaurant gourmet, où on parle de sa robe, de ses qualités mais aussi de ses particularités moins appréciables. Ensuite vient le manuscrit de la dame, les formes pouvant varier. Et enfin le mot de Rü « à propos » de la défunte.
Les SangsUn peu d’analyse sur ce texte à la prose magnifique : ce n’est pas tant le personnage de Féléor Rü qui est le monstre ici, ce sont plutôt les jeunes femmes qu’il attire, toutes aussi dérangées les unes que les autres. Leur fantasme commun semble se trouver dans leur mort prochaine et l’extase qu’elles pensent faire connaître à leur cher Féléor grâce à leur sacrifice. Il y a bien sûr des différences, ces sept jeunes femmes ne s’offrent pas toutes, et pas toutes pour les mêmes raisons ou la même envie, mais ce qui est certain c’est que flotte une ambiance macabre où le lecteur se perd avec un mélange d’effroi et une soif de sang. Car après tout ce ne sont que les premières « épouses » qui sont dévoilées ici, et Barbe Bleue était connu pour en avoir une centaine…

Petit plus découvert sur Internet : sur le site d’Audrée Wilhelmy vous pourrez trouver ses carnets de travail, des dessins joliment esquissés qui devaient apparemment se trouver dans l’édition originale québécoise et que j’ai été ravie de découvrir. Peut-être un prochain article autour de ce thème d’ailleurs ?

En attendant je vous recommande vivement la lecture de ce roman, Les Sangs, splendide et troublant.

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