Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee

Ce livre de poche traînait dans ma bibliothèque depuis un bout de temps, et puisque madame Harper Lee (Nell) a fait parler d’elle ces derniers temps en annonçant la publication d’un livre après cinquante ans de discrétion, la curiosité m’a rattrapée et faite plonger dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Nous sommes en Alabama en Amérique dans les années 1930, pendant la Grande Dépression. Scout est une petite fille curieuse qui vit sa vie comme elle l’entend avec son grand frère Jem. Leur père, Atticus Finch, est un avocat respecté dans la ville de Maycomb, bien qu’il laisse à ses enfants la liberté de s’habiller comme ils le souhaitent, de jouer dehors et de participer aux conversations qui intéressent les grandes personnes. Pas de mère à l’horizon, elle est morte alors que la petite narratrice était encore un bébé, mais la brave Calpurnia s’occupe de la maison, de la cuisine et des enfants d’aussi loin que se souvienne Scout. Cal peut se montrer sévère quand il le faut, mais Jem et Scout peuvent toujours compter sur cette forte-tête.

Leur monde s’agrandit un été alors qu’ils font la connaissance de Dill, un garçon plus âgé que Scout mais bien plus petit que tous les enfants que le frère et la sœur aient pu côtoyer. Les trois terreurs deviennent rapidement amis et cherchent à percer le mystère de « Boo Radley », le garçon qui n’est plus jamais sorti de chez ses parents depuis une mystérieuse affaire des années auparavant, le monstre qui est tapi dans la maison obscure voisine des Finch, attendant probablement la nuit pour aller hanter le voisinage.

Mais ce que vont découvrir Dill, Jem et Scout, c’est l’atmosphère viciée de cette petite ville du Sud des Etats Unis alors qu’Atticus Finch est nommé pour défendre un homme noir accusé par un homme blanc. Quand on n’a pas encore dix ans, qu’on ne comprend déjà pas pourquoi certains enfants échappent à l’école mais que d’autres, qui savent déjà lire, se font gronder en classe : comment peut-on comprendre l’injustice, le hasard de la vie, la bienveillance ou la mauvaise foi ?

L’affaire Tom Robinson, du nom de l’accusé que va défendre véritablement Mr Finch, ouvre un horizon complètement inédit à la petite Scout. A travers ses yeux, ses réflexions, on suit les prémices du raisonnement d’une gamine destinée par la société et par sa tante à devenir « juste une dame » mais consternée par les insultes qui pleuvent sur son père et son incapacité à le défendre alors qu’il représente son modèle. Droit, juste et en avance sur son temps, Atticus traite hommes et femmes, blancs ou noirs de la même manière, avec le plus grand respect : une attitude assez choquante malheureusement pour la ville et ses concitoyens.

Dans ce livre, la conscience collective se heurte à la conscience personnelle, on remet en cause la société ou parfois soi-même. C’est un très beau récit qui se révèle drôle, grâce au point de vue enfantin, mais aussi sérieux et toujours propice à la réflexion cinquante ans plus tard.


Quelques citations qui font mouche :

D’abord, Scout, un petit truc pour que tout se passe mieux entre les autres, quels qu’ils soient, et toi : tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue […] tant que tu ne te glisseras pas dans sa peau et que tu n’essaieras pas de te mettre à sa place.

p.52-53 ed. LGF

La phrase est moraliste mais simple et bien expliquée : quasi philosophique !

Tu es trop petite pour le comprendre, mais parfois, la Bible est plus dangereuse entre les mains d’un homme qu’une bouteille de whisky entre celles de ton père.

p.76 ed. LGF

Et cela a toujours une résonance en 2015.

Les gens normaux ne tirent jamais aucune fierté de leurs talents, dit Miss Maudie.

p.156 ed. LGF

La modestie est de plus en plus perçue comme une faiblesse, alors qu’elle n’est que la volonté d’une personne de ne pas se mettre en avant : on retrouve la question du choix et du point de vue.

Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil dans la main. Le courage, c’est savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rarement mais cela peut arriver.

p.176-177 ed. LGF

Résonance, résonance…

Non, Jem, moi je pense qu’il y a qu’une sorte de gens, les gens.
[…]
– C’était ce que je pensais moi aussi, […] quand j’avais ton âge. S’il y a qu’une sorte de gens, pourquoi n’arrivent-ils pas à s’entendre ? S’ils se ressemblent, pourquoi passent-ils leur temps à se mépriser les uns les autres ?

p.352 ed. LGF

Philosophique et innocent : si vous ne connaissez pas déjà ce texte, je vous le recommande vivement

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s