Profession du père de Sorj Chalandon

Se plonger dans un nouveau roman de Sorj Chalandon me procure toujours ce même plaisir : celui de retrouver un narrateur attachant, une écriture juste et sensée, et de découvrir un récit vers lequel je ne serais peut-être pas allée de moi-même. Mais Sorj est là pour vous prendre par la main et vous accompagner grâce à la magie des mots qu’il sait choisir et agencer de la plus belle des façons.

Nous n’étions que nous, ma mère et moi. Lorsque le cercueil de mon père est entré dans la pièce, posé sur un chariot, j’ai pensé à une desserte de restaurant. Les croque-morts étaient trois. Visages gris, vestes noires, cravates mal nouées, pantalons trop courts, chaussettes blanches et chaussures molles. Ni dignes, ni graves, ils ne savaient que faire de leur regard et de leurs mains. J’ai chassé un sourire. Mon père allait être congédié par des videurs de boîte de nuit.

Premières lignes du roman

En 2011, le narrateur se rend aux funérailles de son père ; cinquante ans plus tôt, le petit Emile Choulans apprenait que son père faisait partie d’une organisation secrète prestigieuse. Et aussi qu’il avait été « chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. » Jusqu’à ce que de Gaulle devienne soudainement la cible de l’ire d’André Choulans.

A treize ans, son fils va devoir l’aider dans sa terrible mission : entrainement militaire, secrets par milliers, le petit Emile est apeuré mais fier aussi. A la lecture, on se prend de pitié pour cet enfant qui ne voit pas les contradictions, les failles dans le raisonnement de son père. La mère, résignée, laisse le mari violent et l’enfant chétif mener leur vie : elle ramène l’argent au foyer, prépare les repas, cache les bleus et son blues.

Emile croit dur comme fer à la mission que son père lui a confié, une mission des plus difficiles : supprimer de Gaulle. Ses notes s’en ressentent, on attend avec impatience l’instant où il ouvrira les yeux sur la véritable nature de son père. Mais de nouveaux défis, quelques instants de fierté, l’amour qu’il lui porte malgré tout semblent une récompense suffisante pour fermer les yeux.

Un enfant et un adulte. Une adulte emmurée dans son quotidien : « Tu connais ton père » comme refrain, excuse perpétuelle.

Le plus difficile ? Il y a beaucoup de vrai dans ce roman, le père du narrateur et de l’auteur ne seraient parfois qu’un. Déroutant Sorj Chalandon.

Il y a beaucoup de soin, de pudeur, de l’humour parfois teinté de noirceur, de la violence en sourdine, des instants de bonheur et d’espoir, de compréhension, servis par une écriture incroyablement travaillée, où les sujets ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

En un mot : MAGISTRAL

#rentreelitteraire2015

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