Peindre, pêcher et laisser mourir de Peter Heller

Jim Stegner est un homme tourmenté par son passé. Isolé volontairement dans un endroit reculé des Etats Unis où il aime passer son temps à peindre et pêcher, il tente de vivre sa vie d’artiste loin des regards et loin des embrouilles du quotidien. Mais un jour qu’il part pêcher, il tombe sur une scène qui le plonge dans une colère folle, aveuglante et meurtrière : un homme malmène un pauvre cheval affolé sur le bord de la route où Jim passe. L’artiste, comme possédé, va se ruer sur Dellwood, l’ordure qui s’en prend à plus faible que lui. La plongée en enfer commence ainsi.

Pourtant, Jim devrait savoir que ces accès de colère ne mènent qu’à encore plus de noirceur, les souvenirs douloureux de sa fille défunte resurgissant pour le hanter, son rire de gamine cédant la place à son mal-être d’adolescente puis au compte rendu macabre de la police. La prison aussi, où il a passé quelques temps avant tout cela, pour une histoire de violence aussi, de coup de sang, incapable de se protéger des mots durs qui raisonnaient à ses côtés, spectateur impuissant de son corps qui agit sans se poser de question, presse la détente. Et heureusement ne tue pas le type dégueulasse, l’écorche seulement.

Jamais je n’aurais cru que ça pouvait être un réflexe, un truc qu’on fait sans réfléchir : sortir le calibre .41, le brandir vers l’homme à moitié tourné sur son tabouret, appuyer sur la détente. A bout portant. La déflagration dans la pièce sans fenêtre.

Tourmenté donc. Jim adule les femmes de son existence : Alce, sa fille, bien sûr, mais aussi sa première femme, Cristine ; la suivante avait été une erreur assumée ; son roc porte le nom d’Irmina, c’est une femme simple et sans jugement, consolatrice et protectrice, sa seule amie véritable ; et il y a aussi Sofia, son nouveau modèle, une jeune femme électrique qui pose nue pour lui tandis qu’il peint son océan de femmes. Caractérielle et déterminée.

Tous ces personnages déambulent dans des paysages grandioses, les grands espaces américains ; le lecteur suit le fil de l’histoire en parallèle avec la description des tableaux que peint Jim avant de les envoyer à Steve, son agent dynamique, un peu trop même, qui voudrait faire de son « poulain » une star nationale malgré les réserves de celui-ci. L’art va progresser en même temps que son créateur, qui découvrira une facette de lui qu’il n’avait pas conscience de cacher. Les frères Dellwood comme trame de fond. Les inspecteurs aux physiques opposés à ses côtés. Et d’autres personnages agaçants ou inquiétants qui se mêleront à la partie.

Peindre, pêcher et laisser mourir

J’avais adoré La Constellation du Chien, roman d’anticipation aussi poétique que peut l’être Peindre, pêcher et laisser mourir, c’est pourquoi je me suis plongée avec plaisir dans ce nouveau roman de Peter Heller. J’ai trouvé que certains passages étaient un peu longuets au milieu, mais tous ont leur importance et la fin s’accélère avec brio, laissant le lecteur avide de connaître le destin qui attend ce drôle de type en proie à ses démons.

Verdict : un bon cru que je recommande aux amateurs de suspense, de dépaysement, d’écologie, de peinture, de pêche bien sûr, de nature, d’animaux, de poésie et aussi de philosophie !

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3 réflexions sur “Peindre, pêcher et laisser mourir de Peter Heller

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